Je vis toujours la même chose, je pourrais presque vivre une journée les yeux fermés: Me réveiller, me préparer, le train, le froid, les cours, mes amours, les cours, le train, dormir. Et jour après jour, ça recommece; tel un cercle vicieux. Pourtant, ce n'en est pas un, il n'a rien de vicieux, et pourtant je le prends de cette manière.
J'ai fini plus tôt, de deux heures.. Normalment, je dois être contente, non, je n'en ressent rien.
Dans le train, je suis dans un compartiment de 6 ...
Mélange, d'odeurs, d'apparences, de bruits, de sentiments ... En face de moi, une dame dévore son livre, un classique tragico-romantique: Le moulin rouge. Je ne savais pas qu'on pouvait acheter le livre. Soudainement, l'air de vient à l'oreille: " And there's no mountains to high [...] But I love you till the end of time. " ; des souvenirs, j'ai le coeur qui se serre. Ma poitrine me tue. J'ai l'impression de m'être faite plantée. Je suis paniquée.
A ma gauche, un homme, plutôt bel homme d'ailleurs. Costard, chaussures de ville, petite coupe à la Zac Efron dirais-je. Quel cliché, je l'avoue. Il écoute du Bob Marley. Mon maux s'en va. Je suis envahie. Je suis calme.
En face de lui, son contraire musicalment parlant. Une vielle dame, à qui rien ne manque. Sauf peut etre une âme. Blonde platine, rouge à lèvres: rose pétasse. 12 liftings au compte, c'est pire que qu'avant le premier. Une dame de la consommation luxurieus: D&G, Louis Vuitton, Dior. Elle m'inspire tout à la fois: le dégoût, la pitié et me fait tout de même sourire. Mélange de sentiments plutôt inhabituel. Je ris.
A ma droite, une adolescente comme moi, comme beaucoup. Ses yeux expriment le bonheur absolu,elle écrit des messages. Toujours un "<3" à la fin. Son amoureux sans doute. Ce sourire niais lorsqu'elle en reçoit un. Elle est amoureuse, c'est sure. Elle est heureuse. Je suis envahie par le plaisir, pour elle.
En face d'elle, une dame. Je ne saurai la décrire. Elle est aussi vide que son regarde tourné vers le dehors. Ses yeux vides suivant ces rails vides, emmenant vers une ville vide, le wagon qui se vide à chaque arrêt. Elle me paraît se vider au fur et à mesure que le wagon se vide. Brétigny, Marolles en Hurepoix, Bouray, Lardy; une larme qui coule sur sa joue, s'échouant sur le rebord de la fenêtre vide. Elle ne réagi point. Chamarande, dèsormais, elle pleure. Etrechy, ses larmes coulent plus vite que le train n'avance. Je regarde ses larmes, c'est pourtant triste une personne vide qui pleure des larmes remplies. Je reste aussi vide qu'elle. Etampes dans 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 seconde. Elle ne bouge pas. Ne réagi pas. Moi non plus. Claque ! Les portes se ferment, au revoir Etampes. Saint-Martin d'Etampes, terminus, tous le monde descend. Pas elle, pas moi.
Ses larmes coulent toujours, mes jambes sont paralysés. Je pleure moi aussi.
Je pleure des larmes remplies malgrè mon corps vide. Je pourrais en trouver 20 des raisons, mais laquelle serait la bonne? Je ne peux pas savoir, ça ne sert à rien de chercher. L'amour, la trahison, la passion, le manque, le silence, la réussite, la peur, l'injustice, la méchanseté, le jeu, l'amitié, la famille, la santé, elle, lui, Mia, le mensonge, la sincèrité, la compréhension, l'obligation. Me réduire dans la loi du silence. Le vide. L'incompréhension absolue.
Je descends. C'est terminé.

